Rachida Dati a convoqué, mardi à la chancellerie, les 200 directeurs de prison pour une explication de texte. Objectif de la ministre, détailler les mesures qu'elle vient d'annoncer concernant le traitement des « détenus à risque ».
Désormais, la décision d'affecter un prisonnier « dans un quartier particulier ou une cellule déterminée relève de la seule compétence du chef d'établissement ». Autre consigne, dès qu'un détenu « exprime le souhait de changer de cellule, cette demande [...] doit être prise en compte dans les plus brefs délais ». Ces annonces font suite à la mort d'un prisonnier, égorgé par son codétenu à la prison de Rouen le 11 septembre dernier. La maison d'arrêt avait été le théâtre d'un drame similaire l'an dernier, suivi d'actes de canibalisme.
L'initiative de Dati, en tout cas, fait bondir les syndicats de l'administration pénitentiaire : « C'est de la politique spectacle, s'insurge Christophe Marques, secrétaire général de FO-pénitentiaire. Il n'y a rien de nouveau et la ministre veut expliquer une instruction mal écrite ! ». La première mesure préconnisée figure déjà dans le code de procédure pénale. Mais dans les faits, ce sont effectivement les personnels en tenue qui « gèrent » le placement des détenus.
Surtout, un placement en cellule individuelle est bien souvent impossible... faute de places. A cette contrainte s'ajoutent celles imposées par les juges : interdiction à des détenus de communiquer entre eux, isolement de certains en quartier “VIP”. Difficile, dans ces conditions, de pousser les murs.
« Lorsque l'on compte 400 détenus pour 150 places, comment voulez-vous tenir compte des demandes et des besoins de chacun ? », s'interroge Christophe Marques. Son syndicat, comme d'autres, n'a pas souhaité répondre à l'invitation de la ministre hier soir. Il appelle désormais à une unité syndicale pour exprimer le ras-le-bol des surveillants. Principale plaie : la surpopulation carcérale. La France détient un nombre record de détenus : 63.783 pour 50.000 places. Et selon les statistiques de la chancellerie, 20 % souffrent de « troubles psychologiques ».
Edition France Soir du mercredi 24 septembre 2008 n°19910 page 8