Contacté aujourd'hui, Jacques Beaume concède qu'« il n'est jamais agréable de se faire convoquer », mais ajoute qu'il n'a « pas d'état d'âme là dessus ». Sur le fond de la question, il met en avant le contexte régional. La région a connu une « baisse très, très considérable de la délinquance ». Elle constitue par ailleurs une zone de surpopulation carcérale lourde avec un taux d'occupation de « 166 % à Strasbourg, 135 % à Mulhouse et environ 125 % à Colmar... », obligeant à « la circonspection sur les incarcérations ». Le magistrat indique encore que le ressort affiche un taux d'emprisonnement ferme parmi les peines prononcées supérieur à la moyenne nationale de 3 ou 4 %. « On n'est pas du tout une région laxiste »
En ce qui concerne les peines planchers, puisque ce serait là que le bât blesse, Jacques Beaume indique le taux alsacien est plus faible que la moyenne nationale (35 % contre près de 41 %). Mais les chiffres sont trompeurs selon le magistrat : « Quand la peine plancher est de 3 ans, si vous prononcez trois ans avec sursis, vous avez un bâton dans la case, alors que si vous mettez deux ans ferme, vous ne l'avez pas et pourtant vous êtes plus répressif ».
Cela dit, le procureur général a quand même entendu le message de sa Garde des sceaux puisqu'il a demandé, lundi dernier, aux quatre procureurs de la République du ressort, une plus grande vigilance sur les appels (environ 25 % des décisions sur le ressort). « Mon rôle est de faire de la pédagogie sur la politique pénale et de rafraîchir régulièrement la mémoire de tout le monde. »
Concrètement, il a été demandé au parquet « qu'on se pose la question de l'opportunité de faire appel » quand une peine plancher a été requise, mais pas prononcée, quand il s'agit de violences aux personnes ou de trafics de stupéfiants en récidive ou face à un multirécidiviste.
